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Ecrire-Traduire

 

Assia Djebar

 

Ce qui manque en France, c’est de pouvoir faire des readings, des lectures publiques. Un écrivain, en France, est rarement invité à lire des extraits de son livre. On vous demande des conférences générales : le voile, la tolérance, etc... Vous signez vos livres comme en conclusion. J’ai réellement l’impression que, si j’ai eu en Allemagne un public qui me suit depuis 1989 (date du Prix Liberatur donné à Ombre Sultane lors de la foire de Francfort), c’est du fait de ces rencontres où se côtoient la langue d’écriture et la langue de traduction.

 

Lors de ces séances publiques, organisées quand le livre sort en Allemagne, je lis mon texte, en français, une demi-heure environ, pour que le public entende la musique originale. Puis, j’écoute la lecture de mon texte en allemand. Faire écouter le texte d’origine puis aussitôt après la traduction, c’est une bonne pédagogie de lecture pour le public. On l’introduit peu à peu – ce qui favorise une relation de fidélité avec mes lecteurs.

 

Une anecdote. Une fois, je devais lire à Augsburg. J’ai lu assez longtemps car on m’avait dit qu’il y avait beaucoup de francophones. Après quoi, un homme dans la salle me dit : « à vous entendre lire, je comprends pour la première fois combien le français est une belle langue. » Et moi, surprise : « Je suis une Algérienne ! … en tout cas, c’est mon français qu’il a apprécié ! »

 

Tout cela pour dire l’importance de la traduction, en équilibre avec le texte original dans ces séances. C’est dans l’effort de patience avec son lecteur que s’instaure une vraie discussion où les questions sont liées au texte.