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Ouverture

Les Enfants du Nouveau monde

 

 « Et pourtant de douleurs en courage en confiance
S’amassent des enfants nouveaux
Qui n’ont plus peur de rien pas même de nos maîtres
Tant l’avenir leur paraît beau »
Poèmes pour tous

Exergue, Paul Eluard

 

             « Dans le vieux quartier arabe, au pied de la montagne, les maisons à façade blanche crépie à la chaux se ressemblent. Dans ces lieux où s’étendait autrefois, de la ville maintenant agrandie, le seul faubourg – celui où les familles aisées de l’époque aimaient venir, dès la fin du printemps, pour y trouver, près des sources et des vergers proches, un peu de fraîcheur – chaque demeure est le fond d’une impasse où l’on fait halte après qu’on s’est perdu dans un dédale de ruelles, de silence qui ne se troublent à présent que des chuchotements, des enfants que les mères voudraient en vain retenir chez elles. La garde peut survenir à tout moment ; à peine ont-elles alors le temps de les faire rentrer précipitamment, de leur bâillonner la bouche pour étouffer contre la porte leurs murmures et, les soldats passés, d’aller s’installer au fond de leur chambre, chaque mère avec sa couvée, assise là, à même le carrelage ou sur un matelas, des heures entières et, par la porte au rideau soulevé, de contempler avec calme le spectacle qu’avait annoncé la garde et qui commence : la montagne dans les feux de la lutte. »

 

Entretien Assia Djebar parle à Aliette Armel

Le Magazine littéraire, Juin 2002

« Les Enfants du Nouveau Monde écrit à Casablanca, l’été ’61, raconte vingt-quatre heures d’une ville algérienne, peu avant. Un détail réel qui me fut rapporté par une parente a déclenché ce récit. A Blida, dans un quartier arabe populaire, au pied de la montagne, les femmes qui ne sortaient pas, assises dans les patios, assistaient, les jours de ratissage, à la guerre sur les versants comme à un spectacle de théâtre… Un jour, une vieille reçoit une balle perdue, alors que les soldats poursuivaient un fugitif jusque sur les terrasses…. La vieille est découverte peu après par ses brus : morte. Je me suis sentie aussitôt présente dans cette ville où j’ai vécu mes années de collège… »