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Mireille Calle-Gruber « Faire une scène au féminin » Assia Djebar, ou la résistance de l’écriture, 2001. Introduction to La Zerda, ou les chants de l’oubli
« Avec la Nouba des femmes du Mont Chenoua, il s’agissait de donner lieu a l’image de ce - celle - qui, frappe/e d’interdit, n’a pas d’image dans la societe musulmane. Avec La Zerda et les Chants de l’oubli, la carence est de nature differente. Car, des images - notamment de femmes arabes : tissant, dansant, assistant aux fetes - il y en a. A profusion. Mais ce sont celle des photographies et des films d’actualites qui ont ete pris par l’Autre : ennemi, envahisseur, colon. »
« […] La Zerda ou les Chants de l’oubli est réalisé en 1982. C’est un film d’archives, long-métrage constitué par un montage des actualités cinématographiques françaises Gaumont-Pathé durant trente ans de colonialism au Maghreb, de 1912 à 1942. Ce montage se trouve remis en œuvre et lieu d’opérations déconstructrices par un travail a contrario de la bande-son : un véritable opéra de voix (masculines, féminines), de langues (française, arabe, berbère), de cris et de chants, de commentaires martiaux et de déplorations, fuguent et font entames. »
« La Zerda et les Chants de l’oubli obéit, non moins, à une architecture serrée : elle se présente comme un Poème en quatre Chants. CHANT DE L’INSOUMISSION CHANT DE L’INTRANSIGEANCE et la guerre de guérilla CHANT DE L’INSOLATION et des siècles couchés dans les sables CHANT DE L’EMIGRATION et de ceux qui partent en esclave des peuples du nord Un cinquième Chant était prévu, qui n’a pas pu être monté pour des raisons techniques : il s’intitule CHANT DES MORTS LES YEUX OUVERTS. Sur 3’30, des images pareillement filmées auraient montré des scènes de cimetière en Algérie, en Tunisie, au Maroc ; en bande-son, il y aurait le Chant composé de lamentations rituelles, interprété par la soprano japonaise Yumi Nara, comme pour les autres chants. » (p. 210)
Mireille Calle-Gruber, « L’image-son ou la pharmacie du cinématographe », Assia Djebar, ou la résistance de l’écriture.
« L’enjeu, on l’aura compris, est considérable, et jamais sans doute pour Assia Djebar, l’historienne et l’écrivain en elle n’auront aussi étroitement coopéré. On sait qu’elle en tirera fruit, que son œuvre littéraire, après l’expérience filmique, s’engage à élaborer les formes subtiles d’un tressage historique et romanesque où la part du biographique devient cruciale. Car il s’agit bien, dès La Zerda, de déchiffrer, dans les archives du vainqueur, les signes d’une histoire algérienne, maghrébine, à reconstituer. Il s’agit en somme de tenter de rendre une Histoire à ceux qui en furent dépossédés ; ce, non pas en édifiant une contre-Histoire « nationale » mais en déterrant toutes les voix ensevelies : des asservis, des clandestins, des torturés, des morts. La Zerda et les chants de l’oubli, est, tout d’abord, film du deuil. » (p. 231)
La Zerda ou le chant de l’oubli, 1982 LA Zerda ou Magreb, les années 30 (Continuité), in Mireille Calle-Gruber, Assia Djebar ou la résistance de l’écriture. Regards d’un écrivain d’Algérie, Paris, Maisonneuve & Larose, 2001, p. 269-277.
Cinéma, les deux films
Réception critique algérienne Assia Djebar : regarder et écouter les femmes, « Jeune cinéma », 116, février 1979. « Cycle du cinéma algérien. Assia Djebar à la cinémathèque », El Moudjahid, 7912, 22 novembre 1990, p. 17. Tahar Djaout, « Assia Djebar, cinéaste. De la fiction du roman aux images de la réalité », Algérie-Actualité, 1276, 29 mars-4 avril 1990, p. 39.
Réception critique française (universitaire) Maryse Léon, « Images de la femme dans la littérature et le cinéma algérien », in Aa. Vv. L’Algérie vue par son cinéma, Une documentation préparée par Jean-Pierre Brossard, Locarno, Cinédiff-Médiathèque des 3 mondes, 1981. Jean Déjeux, Assia Djebar, romancière algérienne et cinéaste arabe, Sherbrooke, Naaman, 1984. Mises en scène d’écrivains : Assia Djebar, Nicole Brossard, Madeleine Gagnon, France Théoret, Sainte-Foy-Grenoble, Le Griffon d’argile-Presses de l’Université de Grenoble, 1993. Littérature et cinéma en Afrique francophone : Ousmane Sembène et Assia Djebar, sous la direction de Sada Niang, Paris, L’Harmattan, 1997. Claudia Gronemann, « “De l’écriture mise en espace”. La subversion du réel par stratégie métahistorique et transmédiale dans l’œuvre cinématographique d’Assia Djebar », in Subversion du réel. Stratégies esthétiques dans la littérature algérienne contemporaine, sous la direction de Beate Burtscher-Berchter et Brigit Mertz-Baumgarter, Paris-Budapest-Torino, L’Harmattan, 2001, p. 55-75. Mireille Calle-Gruber « Faire une scène au féminin » Assia Djebar, ou la résistance de l’écriture, 2001.
Réception critique, revues américaines Valérie Budig-Markin, « Writing and Filming the cries of silence », World Literature Today, LXX, 1996, p. 893-904. Anne Donadey, « Rekindling the vividness of the past. Djebar’s film and fiction. » World Literature Today, LXX, 1996, p. 885-892. Mildred Mortimer, Nouveau regard, nouvelle parole : le cinéma d’Assia Djebar, in With open eyes : women and African cinema, Amsterdam-Atlanta, Rodopi, 1997. Jeanne-Marie Clerc, « La Guerre d’Algérie dans l’œuvre cinématographique et littéraire d’Assia Djebar », L’Esprit créateur, XLI, 4, Winter 2001, p. 89-100. Mildred Mortimer, « Reappropriating the gaze in Djebar’s fiction and film », in Maghrebian mosaic : A Literature in Transition, ed. Mildred Mortimer, Boulder, Lynne Rienner, 2001, p. 213-228.
Réception Salah Belhadad, « Dehane filme Assia Djebar », Horizons, 1906, 24 novembre 1991, p. 9. |