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Chronologie
Juin 1936
Naissance de Fatma Zohra à Cherchell, Algérie, de Tahar Imalhayène
et de Bahia
Sahraoui (de la tribu des Berkani du Dahra)
1937-1946
Enfance à Mouzaïaville dans la Mitidja où le père est instituteur.
Elle fréquente
l’école française. Les premières années, après l’école française, elle va
dans une école
coranique privée ; elles sont deux filles au milieu des garçons.
1946-1953
Elle étudie au Collège de Blida, section classique, le latin, le grec
et l’anglais. Elle est la seule musulmane dans sa classe. Il y a une
vingtaine d’Algériennes qu’on appelle « les indigènes » mais elles sont en
section moderne. Toutes sont internes. Fatma Zohra passe le bac à Blida et
Alger.
Oct.
1953 Hypokhâgne au Lycée Bugeaud (aujourd’hui Lycée Emir-Abdelkader)
à Alger, où Albert Camus a fait ses études. Elle suit l’enseignement du
Professeur Lamblin.
Oct.
1954 Son père accepte de la laisser partir en khâgne à Paris, au
Lycée Fénelon où elle rencontre Jacqueline Risset. Leur Professeur de Philo
est Dina Dreyfus.
1 Nov.
1954 La guerre d’Algérie commence.
Juin
1995 Elle réussit l’entrée à l’ENS de Sèvres qui s’installe
Boulevard Jourdan, dans le 14ème arrondissement. La directrice de
l’Ecole est Mme Prenant, Professeur de Philo, spécialiste de Spinoza.
A partir d’Octobre 55, en 1ère et 2ème
années, elle choisit non pas la Philo mais l’Histoire. Elle aurait aimé
étudier l’arabe littéraire mais cet enseignement n’existe pas.
Mai-Juin
1956 Grève des étudiants algériens. Fatma Zohra ne passe pas ses examens en
raison des « événements »
Juin
1957 Son premier roman
La Soif,
qu’elle a écrit en deux mois, est publié chez Julliard. Il est traduit
aussitôt aux Etats-Unis où il a du succès et reçoit une importante édition
en livre de poche. Fatma Zohra prend le pseudonyme de Assia Djebar à cause
de ses parents et à cause de l’administration de l’Ecole.
Mars
1958 Elle continue à faire la grève des examens. La directrice de l’ENS,
qui est alors Marie-Jeanne Durry, la contraint de quitter l’école.
Assia épouse un Algérien et quitte la France avec
lui pour la Suisse puis Tunis.
Eté
1958 – À Tunis, Assia travaille comme journaliste en collaboration
avec Frantz Fanon.
Eté 1959
Elle se rend dans les camps, aux frontières tunisiennes, avec la
Croix Rouge et le Croissant Rouge, où elle fait des enquêtes parmi les
paysans algériens réfugiés après le bombardement de Sakiet Sidi Youssef.
Son 4ème roman Les Alouettes naives, qu’elle publiera en
1967, retrace cette période.
A Tunis, en 1958, Assia rencontre Kateb Yacine.
Elle prépare, sous la direction de Louis Massignon,
un Doctorat d’Histoire sur Aïcha el Manoubia, sainte patronne de Tunis à la
fin du XIIème siècle, et étudie le récit des miracles.
Sept.
1959 Assia retrouve au Maroc son Professeur en Sorbonne
Charles-André Julien, spécialiste de l’Histoire de l’Algérie, qui est Doyen
de la Faculté des Lettres de Rabat. Elle enseigne pendant 3 ans comme
Assistante en Histoire.
Été
1960 Assia écrit Les Enfants du nouveau monde. Certains
récits lui sont inspirés par sa mère et sa belle-mère qui viennent lui
rendre visite à Rabat et qui lui racontent des épisodes de la guerre à Blida
vue depuis le patio des femmes. Le roman ne sera publié qu’en 1962 à cause
d’un litige entre le Seuil et Julliard.
1962 Le 1er juillet, Assia rentre à Alger,
envoyée par Françoise Giroud, directrice de l’Express, pour faire un
reportage sur les premiers jours de l’Indépendance.
Enterrement de sa grand-mère maternelle. Son texte
Les morts parlent se fait l’écho de ce deuil.
Le 1er septembre, elle est nommée
Professeur à l’Université d’Alger où elle est la seule Algérienne à
enseigner l’Histoire. Assia choisit de travailler sur le XIXème siècle et l’Etat
de l’Emir Abdelkader. Elle enseigne jusqu’en 1965. L’Histoire, comme la
Philosophie, doivent alors être arabisées : Assia se met en disponibilité et
quitte Alger pour Paris.
Oct. 1966
– Résidente en France, elle fait des séjours réguliers, l’été, chez ses
parents au
Janv.
1974 bord de la mer, à Daouda (Alger). Adoption à 13 mois de sa
fille Djalila, née en Juin 1965.
1974 –
En janvier 1974, retour à Alger. Elle enseigne la littérature
française et le
1975 le cinéma au Département de Français de l’Université.
Tahar Djaout suit son séminaire de Cinéma. Elle travaille également à l’A.A.R.D.E.S.,
dirigée par M’Hamed Boukhobza, pour des enquêtes sociologiques sur les
structures familiales d’émigrants.
Divorce en Octobre 1975.
Assia dépose à la TV algérienne un projet de film
long métrage qui est un documentaire-fiction sur la tribu de sa mère, les
Berkani, au nord de Cherchell.
1976 –
Le tournage du film
La Nouba
des femmes du Mont Chenoua
a pour lieu
1978 principal Tipasa, avec deux comédiens et des acteurs
non-professionnels. En même temps, Assia assure ses cours de littérature à
l’Université. Plusieurs chapitres de son roman Vaste est la prison
évoquent des épisodes du tournage.
1979 Montage du son à Paris. La réception du film, lors de
la première projection à Alger, est houleuse. Sélectionné par le Festival de
Carthage,
La Nouba
est déprogrammé par Alger. Protestation des Critiques étrangers qui
demandent une autre projection.
Reçoit le Prix de la Critique internationale à la
Biennale de Venise. Accueil enthousiaste du public.
1980 Est invitée avec
La Nouba
des femmes du Mont Chenoua
au premier
Festival de femmes. La Télévision algérienne ne donne pas suite : il faut
attendre 1995 pour que le film soit diffusé par « Women Make Movies » à New
York.
Publication du recueil de nouvelles Femmes
d’Alger dans leur appartement aux Editions des femmes.
1981 –
Epouse le poète Malek Alloula.
1984 Assia refuse un poste à l’UNESCO. Retirée à l’Hay-les-Roses,
elle se consacre à l’écriture.
Elle travaille à un nouveau film de montage à partir
des Archives à Paris :
La Zerda ou
les chants de l’oubli,
avec le musicien Hamed Essyad. Le film est financé par la Télévision
algérienne. En février 1983, il obtient au Festival de Berlin le Prix du
Meilleur Film historique.
1985 Publication de L’amour, la fantasia, premier
livre du « Quatuor algérien ». Critique enthousiaste. Prix de l’Amitié
franco-arabe. Détachée au Centre Culturel Algérien à Paris jusqu’en 1994,
elle y organise entre autre un colloque sur l’œuvre de Mohammed Dib.
Elle est nommée par Pierre Bérégovoy au Conseil
d’Administration du Fonds d’Action Sociale (Emigration en France) ; elle y
restera six ans.
1987 Publication d’Ombre sultane, deuxième volume du
quatuor. Prix Liberatur à Francfort-sur-le-Main (meilleur roman de femme).
Assia commence à faire de régulières tournées de lectures. A l’Institut
culturel Français de Heidelberg, elle est reçue par Mireille Calle-Gruber.
1991 Publication de Loin de Médine.
Nommée
Membre du jury de l’International Literary Neustadt Prize aux Etats-Unis,
qui est composé de dix écrivains, Assia y défend Mohammed Dib.
à partir de
Série de conférences dans les Universités d’Amérique du Nord. Lors
du
1992 Colloque de Queen’s University (Canada) organisé par
Mireille Calle-Gruber, elle rencontre Gayatri Spivak.
1993 Carrefour des littératures à Strasbourg.
1993 –
Les assassinats en Algérie frappent ses proches : Tahar Djaout
est tué le 3 juin
1994 1993 ; Mahfoud Boucebci le 15 juin ; M’Hamed Boukhobza
le 27 juin. Abdelkader Alloula, son beau-frère, est assassiné le 11 mars
1993 et meurt à Paris le 15.
1994 Passe trois mois à Strasbourg avec une bourse
d’écrivain. Commence Les Nuits de Strasbourg, qui sera interrompu.
Participe à la fondation du Parlement international des écrivains Christian
Salmon.
1995 Publication de Vaste est la prison, écrit à
Paris en 1994. A Berkeley, où elle est Professeur invité, Le Blanc de
l’Algérie, hantée par les assassinés d’Algérie.
Reçoit le prix Maurice-Maeterlinck à Bruxelles, Doctorat honoris causa
à l’Université de Vienne.
Mort du
père en octobre. Elle va à Alger.
Puis, à son
retour, elle accepte la direction du Centre Francophone de l’Université
de Louisiane,
à Baton Rouge.
1996
Parution du Blanc de l’Algérie.
1997
Parution de Oran, langue morte. Prix Marguerite
Yourcenar (Boston, octobre 1997) Sortie des Nuits
de Strasbourg.
Prix du Meilleur essai en Allemagne et Prix
International de Palmi en Italie (1998).
Vaste est la prison,
traduit aux
Etats-Unis et publié par Seven Stories, reçoit de
nombreuses et excellentes critiques.
1999 Elue à l’Académie Royale de Belgique sur le fauteuil de
Julien Green.
2000 Monte au Teatro di Roma (juin-octobre) l’opéra écrit
l’année précédente :
Figlie d’Ismaele
nel Vento e
nella Tempesta.
Repris à Palerme et à Trieste en octobre.
Reçoit le Prix de la Paix à
Francfort-sur-le-Main.
2001 Quitte la Louisiane pour New York University.
2002
Doctorat honoris causa de l’Université de Concordia
(Montréal).
Nommée Silver Chair Professor à New York University.
Parution de
La Femme
sans sépulture.
2003
Un colloque international « Assia Djebar, nomade entre les
murs… », organisé à la Maison des Ecrivains par
Mireille Calle-Gruber, réunit autour d’Assia, outre
de nombreux critiques universitaires et ses traducteurs, les écrivains
Andrée Chédid,
François Bon, Pierre Michon, Albert Memmi, Abdelkebir Khatibi, Jacqueline
Risset.
Publie
La Disparition de la langue française.
2004 En Italie (Pordenone), le prix littéraire Dedica est
consacré tout le mois à l’œuvre d’Assia Djebar.
2005 Reçoit le doctorat honoris causa de l’Université
d’Osnabrück, ville-symbole de l’historique Traité de Westphalie et de la
concorde entre les peuples et les religions.
16 juin
2005 Assia Djebar est élue à l’Académie Française.
Reçoit le prix Pablo Neruda à Naples, Italie en
décembre 2005.
2006 Reçoit le prix Grinzane Cavour à Turin, Italie en
janvier 2006.
Réception à l’Académie Française aura lieu le 22
juin 2006.
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Mon Enfance
Mon
enfance, dans l’Algérie coloniale, s’est passée dans deux lieux. Mon père
était instituteur. L’année scolaire se déroulait dans un petit village de
colonisation, dans la plaine de la Mitidja, non loin d’Alger. Mon père était
le seul instituteur algérien musulman, au milieu de collègues français, la
plupart débarqués récemment de la France métropolitaine. Quand arrivaient
les vacances scolaires, nous retournions à la ville d’où est originaire
toute ma famille maternelle et paternelle ; c’est une des plus vieilles
villes d’Algérie, qui s’appelle Cherchell, qui s’appelait, dans l’antiquité,
Césarée, près de Tipasa, elle fut la capitale de la Maurétanie Cesarienne
pendant cinq siècles.
Dans cette
cité, repeuplée au seizième siècle par des familles de réfugiés andalous,
toutes mes attaches et les traditions des miens se trouvent là. Alors que,
dans le petit village de colonisation, nous étions isolés : la population
autochtone étant presque entièrement composée d’ouvriers dépossédés,
salariés dépendant de colons français très riches.
Lectures
de jeunesse
J’ai quitté
cette vie familiale à dix ans pour aller au collège de Blida. Mon père était
passionné d’histoire, pendant les longues siestes d’été, je lisais ses
collections sur La Révolution française avec les portraits de tous les
grands révolutionnaires de 89…
Sur le plan
littéraire, mon père aimait Anatole France, et naturellement les classiques
du XIX… Moi, ce qui m’a d’abord marquée, vers l’âge de 13 ans, à la pension
où j’étais à Blida (j’avais une amie mi-italienne, mi-française et nous
lisions énormément), ce fut un livre :
La
Correspondance d’Alain Fournier et de Jacques Rivière.
Deux jeunes étudiants, à 18 ans, au début de ce siècle, découvraient Gide,
Claudel, puis Giraudoux… Grâce à ce livre, j’ai commencé, plus jeune que les
autres, à lire, à lire vraiment, à faire la différence entre les livres de
littérature qui vous forment et, disons, les livres pour enfants, livres
d’aventures et de simple évasion…
Le
plaisir de lire
A propos de
livres d’enfant, je me souviens qu’à sept ans, je crois, en rapportant de
l’école un livre d’Hector Malot, je pleurais à gros sanglots dans ma chambre
et ma mère accourait affolée: or c’était le plaisir de pleurer à la lecture
d’un livre sentimental! Ce fut mon premier souvenir de lecture…
Mais ce qui
a dû déterminer ma conscience vive et admirative de ce qu’est vraiment la
littérature, ce fut le fait que 3 ans ou 4 ans à l’avance, je lisais des
livres un peu complexes et dont la densité (ou la difficulté à les
comprendre vraiment) me fascinait…
Peut-être
que mon désir d’écrire est né à ce moment là !...
J’ai eu
d’ailleurs, un été de cette pré-adolescence, (à 13 ans, je crois) le projet
d’écrire un roman pour pouvoir, l’ayant terminé et pensant l’envoyer en
cachette à quelque éditeur, en faire simplement la surprise à mon père !
Projet puéril dont j’ai oublié le contenu, sauf que je ne pus terminer cette
ébauche…
Assia
Djebar Speaking : An Interview with Assia Djebar
Edited
by Kamal Salhi
“International Journal of Francophone Studies”, Vol. 2, No. 3, 1999
Assia Djebar by Clarisse Zimra
« Algerian-born,
Moslem raised, Paris-educated, Assia Djebar has been writing for close to a
half-century, accumulating a considerable body of works. She has tackled all
genres: poetry, plays, short-stories, novels and essays. She has written,
directed, and edited her own films, winning the Biennale prize at the 1979
Venice Film Festival with her very first attempt,
La Nouba
des Femmes du Mont Chenoua
(The nouba or “ritual” festival of the Women of Mt. Chenoua). She has
staged her own plays and both translated and directed the plays of others (Amiri
Baraka’s, for example). In 2000, she authored an operatic libretto, “Filles
d’Ismaël dans le vent et la tempête” (Daughters of Ishmael, through wind and
storm). Based on her 1991 narrative on the life of the Prophet, Far
from Medina, this oratorio was performed to excellent reviews in Rome
and at the Palermo Arts Festival. A second version, in classical Arabic this
time, is commissioned for future performance in
Holland.
…
A subject of Empire, Djebar was born Fatma-Zohra
Imalhayen, 30 June 1936, into an Arabo-Berber family. Her teacher father
believed in the republican principles of 1789 and, shunning the veil, sent
his daughters to French boarding school. Her mother, who insisted that they
also receive Q’ranic training, revered the memory of a great-uncle beheaded
for leading the 19th century resistance against the French in the
Chenoua mountains. His tribal stand and the ensuing death by fire of men,
women, children, and animals in the subterranean Dahra Caves, figure
prominently in the 1985 novel, Fantasia: an Algerian Cavalcade (L’Amour,
la fantasia), as does a piece on her father’s fateful decision that
would forever render her hostage to the colonizer’s language. Fantasia
is the first installment of an ambitious autobiographical tetralogy on
which Djebar has been working for over twenty years. Two more, A Sister
to Scheherazade (Ombre sultane) and So Vast the Prison (Vaste
est la prison) have been completed. The fourth (title unknown) is in
progress.
…
Djebar came of age as her country plunged into a brutal
anti-colonial war that would last eight years (1954-62). By 1958, she was on
the run and turned up in
Tunis,
where she finished a graduate degree under Louis Massillon, a grand old man
of Arabic studies in the West, while contributing to El Moujahid, the
official mouthpiece of the revolution, under Frantz Fanon. Upon
independence, she returned home to a teaching position at the University of
Algiers. But further upheaval in her native land and increasingly difficult
publishing conditions would result in a ten-year silence and a second exile
to Paris in the 1980s. The current civil war precipitated a third move to
the United States in the 1990s, where she directed the Francophone Studies
Center at the University of Louisiana Baton Rouge. As of Fall 2001, she is
Distinguished Professor of French and Francophone literature at New York
University.
She got her start barely out of her teens. In 1956,
boycotting exams in solidarity with the Algerian war, Djebar opted to pass
the time writing. The Mischief (La Soif) came out the following
summer to Parisian acclaim, in part because the author’s tender age should
have precluded such precocious diving into the lurid waters of adultery,
abortion, and death among the acculturated Algerian upper-class. To preserve
propriety, she chose a pseudonym. Immediately translated in the U.S., The
Mischief was favorably reviewed in the New York Times of 12
October 1958 and soon followed by les Impatients (The Impatient
Ones), a novel in the same vein. Algerian nationalists were not amused.
They condemned themes that did not serve the struggle, oblivious to the fact
that her frank depictions of female eroticism heralded a revolution of a
different order.
She turned to the realities of war with Les enfants du
nouveau monde (Children of the New World) and Les Alouettes
naives (Innocent Larks), stories centered on women’s role in the
urban resistance as well as on the battlefield of a war where torture was
practiced regardless of sex. Less sanguine than Fanon, who believed that
their sacrifice would gain women the rights refused them under colonial
oppression, Djebar was already hinting at their alienation. Her first
collection of short stories, Women of Algiers in their Apartment (Femmes
d’Alger) anticipated the systematic denial of their civil rights. Barely
birthed, the new socialist paradise was returning to tired allegories of
national purity that have yet to abate: Woman-as-nation, Woman as Mother,
Woman-as-Sacrifice, Woman-as-Islam. Conflating real human beings and
political symbols, the official discourse blocked all female agency. By
1976, a new Charter had re-established Islam as state religion.
Written in
Algeria during her
self-imposed silence but published in
France
in 1980, Women of Algiers prepared the ground for the monumental
tetralogy, simultaneously born of her cinematic experimentation and her own
research into familial history. In overlapping narratives, the collective
oral memory transmitted by the ancestral grandmothers of the Chenoua
mountains -- some of who appear in the film -- resists the official version
of the conquerors, whose documents she quotes without editorial
intervention, letting their unremitting brutality speak for themselves. What
may well become Djebar’s magnum opus starts with the ruthless French
invasion of the 1830’s (Fantasia), uncovers the despair of modern
women for whom Independence has only brought further oppression (Scheherazade),
and reaches all the way back to Numidia’s defiance of Imperial Rome (So
Vast the Prison). “Augustine” deals with the final days of this
Maghrebian-born, Greek-taught, Roman-raised, Christian-convert, the bishop
of what is now the Algerian sea port of Annaba, and his dying meditation on
the human cost of Empire. The projected quartet embraces all of North
Africa’s hybrid past, uncovering its multi-glossic, multi-cultural
inheritance to challenge the West’s too simple oppositional version of the
relationship between colonial and post-colonial history.
[…]
But the project also expands with a vengeance on thematics
that have never left her: the silenced women of Islam. By the 1980’s, as far
as critics on either side of the Atlantic were concerned, Djebar had become
the unchallenged feminist of North African letters, praised above all for
“writing the body”
(écriture feminine).
The first two volumes of the tetralogy were translated in London within
months of each other and her name associated with that of Egyptian Nawal al-Saadawi,
both celebrated as champions of Woman’s eruption into modernity against an
ever-repressive, ever-regressive tradition. In Djebar’s case, the fact that
unveiled women and westernized intellectuals were the primary targets for
assassination in her country’s civil war only reinforced this stereotyped
response. Djebar herself, in her many interviews, has however maintained a
cautious distance from first world feminism. Preferring liberation by reason
of humanity and justice to liberation by reason of gender alone, she holds
up a critical mirror to the West’s patronizing gaze. She dissects the
epistemological highwire act of all post-colonial writers, male or female,
who function in the colonizer’s language in her collection of essays Ces
voix qui m’assiegent (Albin Michel, 1999). If she could once upon a time
agree with Audre Lorde that the master’s tools were lethal, she has since
shed what she calls “this tunic of Nessus, the language of the Others in
which I was enveloped from childhood” (Fantasia, p. 127). Now, she
confidently manipulates the language of the colonizer to decolonize the
mind.
Clarisse Zimra on Assia Djebar
Routledge Encyclopedia Project
Assia
Djebar vue à travers Le Monde en juin 2005
Catherine
Bédarida, L'Académie française ouvre ses portes à Assia Djebar
Le Monde, Juin 2005 :
« Le
Maghreb a refusé l'écriture.
Les femmes
n'écrivent pas. Ecrire, c'est s'exposer ».
Assia Djebar
L'écrivaine algérienne Assia Djebar a été élue, jeudi 16 juin, à l'Académie
française, au fauteuil du professeur Georges Vedel, par 16 voix contre 11
pour le romancier Dominique Fernandez. Il y a eu deux bulletins blancs et
trois autres marqués d'une croix (refus catégorique des candidats).
Assia Djebar devient ainsi le premier auteur du Maghreb à siéger sous la
Coupole. Familière des récompenses et des distinctions littéraires, elle a
reçu notamment le prix américain Neustadt, en 1996, ainsi que le Prix de la
paix, à Francfort, en 2000, et avait été élue en 1999 à l'Académie royale de
littérature de Belgique, au siège de Julien Green.
De son vrai nom Fatima-Zohra Imalayene, Assia Djebar a écrit en français de
nombreux livres romans, nouvelles, théâtre, essais traduits dans une
vingtaine de langues. Ses ouvrages traitent de
l'histoire algérienne, de la situation des femmes et des conflits autour des
langues. Son nom a été évoqué plusieurs fois pour le prix Nobel.
Née en 1936 à Cherchell, à l'ouest d'Alger, Assia Djebar a toujours été une
pionnière. Son père, qu'elle décrit comme "fils de prolétaire, instituteur
et socialiste", l'inscrit à l'école publique. A 11 ans,
elle est interne au lycée de Blida, seule élève "musulmane".
En 1955, elle est la première Algérienne reçue en France à l'Ecole normale
supérieure (ENS), où elle étudie l'histoire. Elle fait grève dès les
premiers jours de la guerre d'indépendance et quitte l'ENS. Le
général de Gaulle demande sa réintégration en 1959, en raison de son "talent
littéraire". Elle a déjà publié à Paris ses deux premiers livres,
La Soif
et Les Impatients, qui lui ont valu d'être saluée
comme la "Françoise Sagan musulmane".
Elle repart enseigner au Maroc, à Rabat, puis à l'université d'Alger après
l'indépendance. Commence alors une vie qui tangue entre Alger, Paris et,
plus tard, New York.
En 1965, quand le gouvernement algérien décide que l'enseignement de
l'histoire doit se faire en arabe, Assia Djebar proteste et repart en
France. Elle retourne en Algérie en 1974, puis revient en France au début
des années 1980, "parce qu'il n'y avait plus que des hommes dans les rues
d'Alger". Dans celles de Paris, elle marche souvent, trouvant dans cet
arpentage libre l'élan nécessaire à son imagination.
Sa vraie patrie est l'écriture, envers et contre tout. "Le Maghreb a refusé
l'écriture. Les femmes n'écrivent pas. Elles brodent, se tatouent, tissent
des tapis et se marquent. Ecrire, c'est s'exposer.
Si la femme, malgré tout, écrit, elle a le statut des danseuses,
c'est-à-dire des femmes légères."
Historienne, elle inscrit ses romans dans des faits précis. Dans les
nouvelles du recueil Oran, langue morte, Assia Djebar raconte la
souffrance des femmes à l'heure de l'intégrisme des années 1990.
Le titre du recueil témoigne de la préoccupation constante de l'écrivain,
qui a grandi entre trois langues, le berbère, l'arabe dialectal et le
français. Alors que l'Algérie mène une campagne
efficace d'alphabétisation, l'arabisation commencée en 1975 a des
conséquences catastrophiques, selon elle. Le gouvernement fait venir des
coopérants d'autres pays arabes, parmi lesquels se glissent de nombreux
intégristes. Dans son livre Le Blanc de l'Algérie, elle explique les
maux de son pays par ses problèmes linguistiques.
L'arabe officiel est la langue des hommes, et la romancière cherche ailleurs
sa propre parole. "J'ai le désir d'ensoleiller cette langue de l'ombre
qu'est l'arabe des femmes."
Dans ses romans, elle transporte l'"ombre" en français, la traduisant par
une polyphonie de voix intérieures et extérieures, de résonances arabes et
de scansions berbères, un choc entre les mots de la passion amoureuse et le
silence imposé.
Au Parlement international des écrivains (PIE), qu'elle rejoint dès sa
fondation en 1994, avec Salman Rushdie, Jacques Derrida et Pierre Bourdieu,
"elle a toujours porté la question de la diversité
linguistique et culturelle, en Algérie ou ailleurs" , explique Christian
Salmon, délégué général du PIE.
Jusqu'à cette élection à l'Académie française, Assia Djebar a parfois été
mieux reconnue à l'étranger qu'en France. Aux Etats-Unis, "son oeuvre est
enseignée dans la plupart des départements universitaires de français",
assure le professeur Thomas C. Spear, auteur de La Culture française vue
d'ici et d'ailleurs (L'Harmattan).
La romancière a eu son premier poste américain à la Louisiana State
University de Baton Rouge, aux côtés du romancier antillais Edouard
Glissant, dans les années 1990. Depuis 2001, elle enseigne au
département d'études françaises de New York University. "Comment se fait-il
que tous ces auteurs francophones enseignent aux Etats-Unis et non en France
?", interroge Thomas C. Spear.
La nouvelle académicienne a déclaré, jeudi soir, qu'elle espérait que cette
élection faciliterait "en Algérie, au Maroc et en Tunisie, la traduction en
arabe de tous les auteurs francophones".
Christine
Rousseau, "Un écrivain-frontière entre l'Orient et l'Occident"
Le Monde, 17.06.05 :
Après l'élection en 2002 de François Cheng, premier écrivain d'origine
asiatique à entrer sous la Coupole, c'est un signe fort d'ouverture à la
francophonie qu'a lancé, jeudi 16 juin, l'Académie française.
"Cette élection est un signe envers tous ceux, amis de notre culture, qui
nous sont proches et avec qui nous avons en partage une langue : le
français", a indiqué le ministre de la culture et de la
communication, Renaud Donnedieu de Vabres.
Hélène Carrère d'Encausse, l'académicienne qui "fut pratiquement à l'origine
de cette élection", a souligné que "cela marque nos grandes orientations. A
travers le talent d'Assia Djebar, c'est aussi une
manière d'oeuvrer pour la réconciliation avec l'Algérie. Je suis d'autant
plus fière que depuis que je suis secrétaire perpétuelle, c'est la deuxième
femme, qui plus est musulmane, à entrer à
l'Académie. Cela marque notre volonté d'aider à la résolution de certains
problèmes. Enfin c'est un signe fort, aussi, adressé aux femmes musulmanes."
Marguerite Yourcenar a été, en 1981, la première femme élue à l'Académie
française. Aujourd'hui, Jean d'Ormesson se réjouit qu'une quatrième femme
vienne siéger sous la Coupole après Jacqueline de Romilly (élue en 1988),
Hélène Carrère d'Encausse (1990) et Florence Delay (2000). Ce dernier salue
"une femme très ouverte, très libre mais qui, malheureusement, est beaucoup
plus connue à l'étranger qu'en France".
Comme le relevait aussi un autre académicien, Marc Fumaroli, "joyeux
de
ce choix qui est une invitation de la part du milieu littéraire à dépasser
les souvenirs atroces qui lient les deux pays".
"Figure Emblématique"
Même écho de joie chez la romancière Malika Mokeddem, qui voit dans cette
élection un très bon signe d'ouverture, "surtout pour la littérature
maghrébine, qui fut longtemps mal connue et mal
considérée. Assia Djebar est la première d'entre nous tous, qui sommes
restés vivants".
Autre romancière installée en France depuis plusieurs années, Leïla Sebbar a
salué là un geste politique. "La France a mis du temps à la reconnaître, car
jusqu'alors elle était le plus souvent récompensée à l'étranger. La France
répare ainsi quelque chose. C'est une figure emblématique de la littérature
algérienne, mais pas seulement, car c'est un écrivain-frontière entre
l'Algérie et la France, l'Orient et l'Occident. C'est une femme du sud, une
femme de lutte, une femme du
livre."
Enfin, l'Algérienne Maïssa Bey s'est dite d'abord heureuse qu'une femme
devienne, après Léopold Sédar Senghor (élu en 1983), la deuxième Africaine à
entrer à l'Académie. Espérant que cette élection ne soit pas "l'objet de
récupération politique", notamment en Algérie, elle a ajouté, "j'aimerais
que ce soit l'écrivain dans son rapport à la langue française qui ait été
couronné et non une femme emblématique."
De son vrai
nom Fatima-Zohra Imalhayène
Née à Cherchell le 4 août 1936. Père instituteur ancien élève de l'Ecole
Normale de Bouzaréa avec Mouloud Feraoun. Etudes en Algérie jusqu'à
Propédeutique, fac d'Alger 1953-54. 1954 Khâgne à Paris, lycée Fénelon.
Admise à l'ENS de Sèvres en 1955. Arrêt des études en 1956 après
participation à la grève des étudiants algériens. Mariage en 1958.
Journalisme à El Moudjahid à Tunis. D.E.S. en Histoire. 1959 assistante à
l'Université de Rabat. 1962 Université d'Alger. Puis Centre Culturel
Algérien à Paris et FAS. Actuellement enseignante à l’Université de New
York.
Prix de la critique internationale à Venise en 1979 pour "La Nouba des
femmes du mont Chenoua" (Film). Prix Maurice Maeterlinck (Bruxelles), 1995.
International Literary Neustadt Prize (USA), 1996. Prix international de
Palmi (Italie), 1998. Elue à l'Académie française le 16 juin 2005.
Edito du Monde « Immortelle », Le Monde, 17.06.05
En élisant, jeudi 16 juin, la romancière Assia Djebar membre de
l'Académie française, les Quarante ont frappé un grand coup. Ils réaffirment
d'abord que la francophonie n'est pas seulement un mot.
Ils s'ouvrent ensuite pour la première fois à un auteur du Maghreb. Ils
rappellent enfin que l'Académie est déterminée à continuer d'accueillir dans
ses rangs des femmes remarquables après les
élections de la romancière Marguerite Yourcenar (1903-1987), de l'helléniste
Jacqueline de Romilly, de l'historienne Hélène Carrère d'Encausse et de
l'écrivaine Florence Delay.
Le signal adressé à la francophonie est essentiel. La littérature française
est trop souvent, pour ne pas dire toujours, pensée comme un pré carré avec
des frontières dressées autour de la région Ile-de-France... Le chauvinisme
est vécu en France comme une évidence, alors que la langue française devrait
servir d'unique étendard à tous les auteurs francophones, qu'ils soient
vietnamiens, canadiens,
belges, suisses, africains, égyptiens.
En ce sens, l'élection de la Franco-Algérienne Assia Djebar est déjà une
victoire. Elle rappelle fortement que la littérature, comme les sciences, a
une vocation universelle ou, au minimum, transfrontières. "La langue
française est ma maison", a pu déclarer Assia Djebar. Cette
maison possède un large toit, ce qu'on oublie trop.
La reconnaissance accordée à l'oeuvre de la romancière va plus loin.
Méconnue en France, Assia Djebar est une enfant du Maghreb, fille
d'instituteur, qui a su brillamment concilier l'arabe et le français. Si
elle est la première auteure du Maghreb à devenir membre de l'Académie
française, elle fut aussi la première Algérienne à
intégrer, dans les années 1950, la prestigieuse Ecole normale
supérieure.
La romancière, dont le nom a été plusieurs fois évoqué pour le prix Nobel,
aura mis longtemps à être honorée en France. De fait, elle aura supporté le
double handicap d'être maghrébine et femme. Traduite, étudiée dans la
plupart des pays, elle fut ici ignorée ou tenue en
lisière. Dès 1999, l'Académie royale de littérature de Belgique l'avait élue
au fauteuil de Julien Green (1900-1998). Et les Etats-Unis lui auront donné
la possibilité d'enseigner, jadis à l'université d'Etat de Louisiane à Baton
Rouge, aujourd'hui à l'université de New York.
Par son vote, l'Académie efface ce long mépris. Les Immortels accueillent
une romancière qui fut aussi une nationaliste algérienne, une militante, une
collaboratrice du quotidien El Moudjahid. Sa vie
est le reflet d'une lutte incessante pour l'honneur, l'indépendance, la
liberté des femmes. Le chemin fut long de son enfance algérienne à son
périple à travers le monde, de sa langue maternelle à
l'apprivoisement de celle de "l'ancien colonisateur", cette langue qui
"s'était avancée autrefois sur des chemins de sang, de carnage et de viols".
Si Assia Djebar refuse d'être un symbole, elle ne pourra
empêcher Alger et Paris d'en voir un dans cette élection.
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